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Une perdrix prise au lacet
 

     Lors de l'inauguration de l'exposition consacrée à Longwy, le 15 octobre 2008, au casino des faïenceries, Sarreguemines Passions a offert aux musées de la ville faïencière une pièce qui bien qu'accidentée présente un incontestable intérêt artistique et historique. Cette pièce, représente un oiseau (une caille ou une perdrix) prise dans un collet.

 

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Détails montrant la finesse du plumage

        Sa marque ou plutôt ses marques de fabrique, C 00 (Utzschneider en creux) et C 01 (Sarguemines en creux) situent sa production vers 1805/1810. Ce qui en fait son intérêt est tout d'abord, la matière qui la constitue : .un grès blanc et mat très fin qui a la propriété de faire ressortir les détails du plumage, et la qualité d'exécution ensuite qui montre une grande maîtrise de la manipulation de moules complexes.

        Il est à noter que le musée de la ville possède aussi un petit buste de Bonaparte en grès blanc de très belle qualité marqué C 00.

      Des recherches effectuées par le musée de Sarreguemines ont permis de localiser deux autres exemplaires qui semblent issus du même moule. Ces exemplaires ne portent pas de marque de fabrique. L'un au musée d'Art et d'histoire de Bruxelles est posé sur un socle qui rappelle les productions lorraines du 18e et est attribué à Cyfflé (sculpteur de Stanislas duc de Lorraine). L'autre également sans marque est dans les collections du Keramik-Museum de Mettlach et est attribué à la faïencerie d’Ottweiler (Sarre). Il est à noter que sur ce dernier exemplaire, le collet a disparu et la pièce est recouverte d’une glaçure blanche qui masque les détails.
La pièce que détient maintenant le musée et qui ne laisse aucun doute sur sa provenance met en évidence une parfaite maîtrise des techniques de la jeune manufacture sarregueminoise dont on ne connaît encore que peu de chose sur les débuts.

      Quand à la paternité du moule des recherches sont toujours en cours. Voici ce que nous en dit  la rédactrice de "Barbotine " dans la présentation de notre perdrix, objet du mois de novembre 2008 sur le site du musée de Sarreguemines et sur télé mosaïque :

…/… Toutefois, la question de la paternité reste entière. Les « perdrix au collet » des collections de Bruxelles et de Mettlach ne sont pas marquées. Cependant, dans les deux cas, le nom de Paul-Louis Cyfflé (Bruges 1724 – Ixell 1806) a été avancé ou, en tout cas, fortement suggéré.

Si le moule d’origine est bien du sculpteur, on peut se demander comment et quand les manufactures d’Ottweiller et de Sarreguemines ont pu se le procurer ? Pour Ottweiler, est ce qu’il s’agit d’un tirage fait par Cyfflé lui-même au moment où il séjournait en Sarre

Et pour Sarreguemines  ?  bien entendu, Paul Utzschneider a su se procurer des moules de Cyfflé en les achetant aux fabriques de Toul ou de Niderviller. Cependant d'autres hypothèses seraient tout aussi plausibles : en 1800 lorsque la manufacture d'Ottweiller ferme, Sarreguemines réemploie les ouvriers, parmi eux une famille de modeleurs...

Mais une autre piste nous conduit encore une fois à Cyfflé : vers 1805, Sarreguemines emploie un chef modeleur du nom d'Henri Beauvais, qui se trouvait être quelques années plus tôt, modeleur aux faïenceries d'Hastière!

Henri Gauvin